Quel éclat, après tant d'années de calme! Que d'événements en cette soirée fatale, et quelles révélations!...
C'était d'abord le directeur du Comptoir de crédit mutuel, M. de Thaller, apparaissant tout à coup, froid, grave, menaçant. Insoucieux des convives stupéfaits, il entraînait M. Favoral dans la pièce voisine, et on l'entendait l'accabler des dernières injures et le traiter de faussaire et de voleur.
Ivre de colère, Maxence se dressait pour châtier l'homme qui insultait son père, mais au même moment M. de Thaller reparaissait, et avant de se retirer, jetant une liasse de billets de banque devant Mlle Gilberte, il lui disait d'un ton d'offensante protection de les remettre à M. Favoral, pour qu'il eût les moyens de fuir, de gagner la Belgique, de se dérober à l'action de la justice déjà prévenue...
Et M. Favoral niait-il?
Non. Son effarement seul était un aveu.
Et comme ses anciens amis, M. Desclavettes, M. Desormeaux et M. Chapelain lui demandaient compte de leur argent, des sommes qu'ils lui avaient confiées, au lieu de chercher à se disculper, il leur déclarait que tout était perdu, et d'un ton d'impudente ironie, il leur disait de ne s'en prendre qu'à eux-mêmes, et que leur avidité seule avait fait sa friponnerie.
Mais on heurtait à la porte: Au nom de la loi!...
C'était la police qui venait arrêter le caissier, accusé de détournements et de faux.
Seul à garder un reste de sang-froid, Maxence proposait à son père un moyen d'évasion.
Après quelques moments d'hésitation, M. Favoral acceptait. Son trouble était affreux. Il embrassait en pleurant ses enfants et sa femme, leur demandant pardon de l'épouvantable existence qu'il leur avait faite.