Les paroles du commissaire de police lui avaient ouvert les yeux, et il entrevoyait des choses énormes.
M. Favoral, dans son esprit, prenait des proportions inouïes. Par quels prodiges d'hypocrisie et de dissimulation avait-il pu se dédoubler en quelque sorte, et sans éveiller un soupçon, vivre deux existences distinctes et si différentes; ici, dans sa famille, parcimonieux, méthodique et sévère, ailleurs, dans quelque ménage illégitime, sans doute, facile, souriant et généreux comme un voleur heureux?
Car, pour Maxence, les factures trouvées dans le secrétaire étaient une preuve flagrante, irrécusable, matérielle.
Au bord de l'abîme de honte où son père venait de rouler, il croyait apercevoir, non la femme infaillible, mobile de toutes les actions des hommes, mais la légion entière de ces courtisanes endiablées, qui ont pour fondre les fortunes des creusets inconnus, et qui possèdent des philtres pour abêtir leurs dupes et leur prendra l'honneur après leur dernier écu.
—Et moi, disait Maxence, moi, parce qu'à vingt ans j'aimais le plaisir, j'étais un mauvais fils! Parce que j'avais fait quelque cent écus de dettes, j'étais un scélérat! Parce que j'aime une pauvre fille qui s'est donnée à moi sans calcul, j'étais un de ces gredins que leur famille renie, et dont on ne doit attendre que honte et déshonneur!...
Il emplissait le salon des éclats de sa voix qui montait comme sa colère.
Et au souvenir de tous les reproches amers qui lui avaient été adressés par son père, et de toutes les humiliations qu'il avait dévorées:
—Ah! le misérable! criait-il. Le lâche!
Pâle autant que son frère, le visage baigné de larmes et ses beaux cheveux dénoués, Mlle Gilberte se dressa.
—Il est notre père, Maxence, fit-elle doucement.