Il portait un de ces pantalons ridicules qui s'évasent à partir du genou, et qui ont été mis à la mode par des tailleurs prussiens pour dissimuler les pieds ignobles de leurs pratiques. Sous son léger pardessus de couleur claire, se croisait une jaquette à revers de velours, ornée d'une rose à la boutonnière.
Cependant, il demeurait immobile sur le seuil de la porte, grimaçant un sourire et balbutiant de ces phrases qu'on n'achève jamais.
—Veuillez croire, mademoiselle... l'absence de madame votre mère... ma très-respectueuse admiration...
Réellement, il était ébloui du désordre de la toilette de la jeune fille, désordre qu'elle n'avait pas eu le temps de réparer, depuis que les clameurs des créanciers l'avaient arrachée de son lit.
Elle était vêtue d'un long peignoir de laine brune, très-serré sur les hanches, qui accusait la souple vigueur de sa taille, les perfections virginales de son corsage et les rondeurs exquises de son cou. Relevés à la hâte, ses épais cheveux blonds s'échappaient de leurs épingles et s'épandaient à demi sur ses épaules, en cascades lumineuses.
Jamais elle n'avait paru à M. Costeclar aussi admirablement belle qu'en ce moment, où elle vibrait de tout son corps d'indignations contenues, la joue empourprée, l'oeil plein d'éclairs.
—Prenez la peine d'entrer, monsieur, prononça-t-elle.
Il s'avança, non plus l'échine pliée, comme jadis, mais le jarret tendu et bombant la poitrine d'un air mal dissimulé de vaniteuse satisfaction.
—Je ne m'attendais pas à l'honneur de votre visite, monsieur, reprit la jeune fille.
Vivement, il passa de la main droite dans la gauche son chapeau et sa canne; et la main droite appuyée sur le cœur, les yeux vers le ciel, et de toute la profondeur d'expression dont il était capable: