A leur accent on ne pouvait se méprendre. Ils savaient la catastrophe. Et le journal déplié sur la table disait comment ils l'avaient apprise.

—On est venu vous demander hier soir, reprit la Fortin, une grosse femme aux traits empâtés par la graisse et au nez toujours barbouillé de tabac, dont la voix mielleuse faisait paraître plus terrible le regard d'oiseau de proie.

—Qui?

—Un monsieur d'une cinquantaine d'années, un grand sec avec une longue redingote qui lui tombait sur les talons.

Maxence tressaillit.

A ce portrait il s'imaginait reconnaître son père. Et, cependant, était-il admissible qu'après ce qui était arrivé, se sachant traqué par la police, il osât se montrer sur le boulevard du Temple, où tout le monde le connaissait, à deux pas du café Turc, dont il était un des plus anciens habitués?

—A quelle heure s'est-il présenté? demanda-t-il.

—Ma foi! ni moi non plus, répondit la gérante; j'étais à moitié endormie, mais Fortin va nous dire ça, lui...

M. Fortin, qui devait bien avoir une vingtaine d'années de moins que sa femme, était un de ces petits hommes blonds, à barbe rare, blêmes comme la fièvre, au regard faux et au sourire inquiétant, comme les Madame Fortin savent en trouver, on se demande où.

—Le confiseur venait de mettre ses volets, répondit-il, par conséquent il pouvait être onze heures un quart.