Ayant salué, sans la plus légère nuance d'embarras, elle déposa sur la cheminée les trente billets de cinq francs que Maxence avait jetés aux époux Fortin, et de l'accent le plus naturel:
—Voici vos cent cinquante francs, monsieur, prononça-t-elle. Je vous suis plus reconnaissante que je ne saurais l'exprimer de l'empressement que vous avez mis à me les prêter, mais je n'en avais pas besoin.
Il s'était levé et faisait à son sang-froid le plus énergique appel.
—Cependant, commença-t-il, d'après ce que j'ai entendu...
—Oui, interrompit-elle, la Fortin et son mari essayaient de m'effrayer, mais ils perdaient leur temps. Lorsque après la Commune, j'ai arrêté avec eux la façon dont je m'acquitterais, les estimant à leur juste valeur, je leur ai fait écrire et signer nos conventions. Étant en règle, j'aurais su leur résister, et je leur résistais, quand vous leur avez jeté ces cent cinquante francs. Ayant mis la main dessus, ils prétendaient les garder. C'est ce que je ne devais pas souffrir. Ne pouvant les leur reprendre de vive force, je me suis immédiatement rendue chez le commissaire de police. Il était à son bureau, par bonheur. C'est un honnête homme, qui une fois déjà, m'a tirée d'un mauvais pas. Il a bien voulu m'écouter et mes explications l'ont touché. Si insolite que fut l'heure, il a endossé son pardessus et il est venu avec moi trouver nos hôteliers. Et après les avoir contraints de me restituer votre argent, il leur a signifié, sous peine de s'exposer à toute sa sévérité, d'avoir à respecter nos conventions.
Maxence était émerveillé.
—Comment! fit-il, vous avez osé?...
—N'étais-je pas dans mon droit?
—Oh! mille fois! seulement...
—Quoi? Mon droit serait-il moins respectable parce que je ne suis qu'une femme, et parce que je n'ai personne qui me protége, serais-je hors la loi et d'avance condamnée à subir les iniques fantaisies du premier misérable venu? Non, Dieu merci! Et me voilà tranquille, désormais. Des gens comme les Fortin, qui vivent on ne sait de quels trafics honteux, ont trop à craindre de la police pour oser me molester encore.