Je m'en tirai, mais ma convalescence devait être longue. Pendant plus de deux mois je traînai, avec des alternatives de mieux et de plus mal...

Eh bien! telles avaient été mes misères depuis deux ans, que ce triste séjour dans un hôpital était pour moi comme une halte dans une oasis, après une longue marche dans les sables.

Les bonnes sœurs m'avaient prise en amitié, et quand mon état le permettait, je les aidais aux menus travaux de la lingerie, ou je les accompagnais à la chapelle.

J'aurais voulu ne les quitter jamais.

Je frissonnais, en songeant au jour où je serais guérie, et où l'on me renverrait. Que deviendrais-je? Car ma malle n'avait pas été retrouvée, et j'étais dénuée de tout...

Et cependant j'avais à l'hôpital plus d'un sujet de sombres réflexions.

Deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi, les salles étaient ouvertes au public, et je voyais arriver les visiteurs, les mains chargées d'oranges et de ces menus objets dont l'administration permet l'introduction. Il n'était pas une malade qui ne reçût, ces jours-là, un parent ou un ami...

Moi, rien, personne, jamais!...

Je me trompe pourtant. Je commençais à me rétablir, quand, un dimanche, je vis s'arrêter au chevet de mon lit, un vieil homme, tout vêtu de noir, d'aspect inquiétant, portant des lunettes bleues et tenant sous le bras un énorme portefeuille, tout gonflé de paperasses.

—Vous êtes bien mademoiselle Lucienne? me demanda-t-il.