Le sourire lui revint aux lèvres.

—Heureusement pour vous, je suis là! me dit-il. Plusieurs fois déjà je me suis présenté, vous étiez trop souffrante pour m'entendre. Maintenant que vous allez mieux, écoutez-moi.

Et là-dessus, ayant pris une chaise, il s'assit et se mit à m'expliquer sa profession.

Il était homme d'affaires, et avait pour spécialité les accidents. Dès qu'il en arrivait un, il en était prévenu par les relations qu'il avait à la préfecture de police. Aussitôt il se mettait en quête de la victime, la rejoignait, soit chez elle, soit à l'hôpital, et lui offrait ses services.

Moyennant une raisonnable rémunération, il se chargeait, s'il y avait lieu, d'obtenir des dommages-intérêts. Il intentait des procès au besoin, et quand la cause lui semblait imperdable, il en faisait les avances.

Il m'affirmait, par exemple, que mon droit était indiscutable, que la baronne de Thaller me devait une indemnité, et qu'il se faisait fort de lui tirer quatre ou cinq mille francs pour le moins. Je n'avais qu'à lui donner ma procuration...

Mais en dépit de ses instances, je repoussai ses offres, et il se retira très-mécontent en me disant que je ne tarderais pas à m'en repentir...

A la réflexion, en effet, je regrettai d'avoir suivi la première inspiration de mon orgueil, et d'autant plus vivement que les bonnes sœurs que je consultai, me dirent toutes que j'avais eu tort et que ma réclamation n'eût été que légitime.

Alors, sur leurs conseils, je pris une autre voie, qui, tout aussi sûrement, estimaient-elles, devait me mener au but.

Le plus brièvement qu'il me fut possible, je rédigeai l'histoire de ma vie, depuis le jour où j'avais été abandonnée chez les maraîchers de Louveciennes, j'y joignis l'exposé fidèle de ma situation et j'adressai le tout à Mme de Thaller.