C'est donc chez cette amie, qu'en sortant de Lariboisière, je me rendis tout droit, portant noué dans un mouchoir mon mince bagage, une robe et quatre chemises que m'avaient données les bonnes sœurs.

Elle demeurait aux Batignolles, au dernier étage d'une immense maison divisée en une infinité de petits logements.

Et tout en montant son roide escalier, le cœur me battait bien fort, car je n'avais guère d'illusions, et je me demandais si elle n'aurait pas oublié ses promesses, et comment elle allait me recevoir.

Elle me reçut comme une sœur.

Et après m'avoir fait admirer son logement, deux petites mansardes où éclatait la plus admirable propreté:

—Tu verras, me dit-elle, en m'embrassant, que nous serons très-heureuses ici!...

La nuit s'avançait. Il y avait longtemps déjà que le sieur Fortin était monté éteindre le gaz de l'escalier. Un à un s'étaient tus les derniers bruits de l'Hôtel des Folies. Rien ne troublait plus le silence que, par intervalles, le roulement lointain de quelque fiacre attardé, traversant le boulevard.

Mais ni Maxence ni Mlle Lucienne ne s'apercevaient du vol des heures.

Pour eux, le présent n'existait plus.

Peu à peu, la jeune fille s'était laissée gagner à l'irrésistible intérêt du souvenir. Elle revivait en quelque sorte cette vie d'épreuves dont elle déroulait les phases navrantes, et de nouveau elle était poignée par les émotions d'autrefois.