Mais je compris que la vie commune était désormais impossible et qu'il ne me restait plus qu'à me chercher un asile.
Mon amie ne m'en laissa pas le temps.
Rentrant un lundi soir, sur les onze heures, elle me signifia d'avoir à déguerpir sur-le-champ. J'essayai quelques observations, elle m'accabla d'injures. Pour rester il eût fallu engager une lutte dégradante, je cédai, et quoique de beaucoup la plus forte, je sortis.
Je passai cette nuit-là sur une chaise, chez notre vieux voisin.
Mais le lendemain, ce fut bien une autre explication encore, lorsque j'allai demander à mon ancienne amie de me donner mes effets. Elle prétendait tout garder, et je fus obligée, quoiqu'il m'en coûtât, de recourir à l'intervention du commissaire de police.
Il me donna raison. Mais les bons moments étaient passés. La chance propice ne me suivit pas dans la misérable maison garnie où je louai une chambre. Je n'avais pas les relations de mon amie avec quantité d'entrepreneurs, et je ne possédais pas une machine à coudre. A peine en travaillant quinze ou seize heures arrivais-je à gagner trente sous par jour. Ce n'était pas assez pour me nourrir et payer mon logement qui me coûtait vingt-cinq francs par mois.
Pour comble, l'ouvrage me manqua. Loque à loque, tout ce que je possédais prit le chemin du Mont-de-Piété.
Et par un triste jour de décembre, chassée de mon garni, je me trouvai sur le pavé, n'ayant pour toute fortune qu'une pièce de dix sous.
Jamais je ne m'étais vue si bas, et le découragement s'en mêlant, et la lassitude de la lutte, je ne sais à quelles extrémités je me serais décidée, quand le souvenir me revint de cette dame si riche, dont les chevaux m'avaient renversée au coin du boulevard.
J'avais gardé sa carte de visite.