Il en parut extrêmement contrarié, mais ne pouvant me faire revenir sur cette détermination, il me quitta en me promettant de revenir le lendemain chercher ma réponse définitive.

Aussitôt, je courus chez ma patronne. Elle ne comprit rien à ce que je lui contais; elle ne m'avait envoyé personne; elle ne connaissait aucun Américain...

Je ne le revis plus, comme de raison, et cette aventure singulière ne laissait pas que de me tracasser un peu, quand un soir de la semaine suivante, comme je rentrais chez moi, vers onze heures, deux agents de police m'arrêtèrent, et malgré mes protestations, me conduisirent au poste, où je fus enfermée avec une douzaine de malheureuses qu'on venait de prendre sur le boulevard.

Je passais la nuit à pleurer de honte et de colère, et je ne sais trop tout ce qui serait advenu, si l'officier de paix qui m'interrogea le matin ne s'était trouvé un homme juste et bon.

Dès que je lui eus exposé que j'étais victime de la plus humiliante erreur, il envoya un agent aux renseignements, et la preuve lui ayant été fournie que j'étais une ouvrière honnête, et vivant de son travail, il me dit que j'étais libre.

Cependant, avant de me laisser sortir:

—Prenez garde, mon enfant, me dit-il, c'est sur une déclaration formelle, et qui a tous les caractères d'une parfaite authenticité, que vous avez été arrêtée. Donc, vous avez des ennemis, des gens qui ont un intérêt quelconque à se débarrasser de vous.

Visiblement, Mlle Lucienne était écrasée de fatigue; la voix lui manquait. Mais c'est inutilement que Maxence la conjura de prendre quelques moments de repos.

—Non, répondit-elle, mieux vaut en finir...

Et, faisant un effort, elle reprit, se hâtant de plus en plus: