Elle venait d'atteindre ses dix-huit ans, quand un soir son père la prit à part.

—Je suis résolu à me remarier, lui dit-il, mais je veux, avant, te pourvoir d'un mari. T'en ayant cherché un, je l'ai trouvé. Dame! il n'est peut-être pas très-brillant; mais c'est, à ce qu'il paraît, un brave garçon, travailleur, économe et qui fera son chemin. J'avais rêvé mieux pour toi, mais les temps sont rudes, le commerce va mal; bref, n'ayant à te donner que vingt mille francs de dot, je n'ai pas le droit d'être très-difficile... Demain, je t'amènerai mon candidat.

Et le lendemain, en effet, cet excellent père présentait à sa fille M. Vincent Favoral.

Il ne lui plut pas, mais elle n'eût pas osé dire qu'il lui déplaisait.

C'était, à vingt-cinq ans qu'il venait d'avoir, un de ces hommes tellement effacés, qu'on ne découvre en eux aucun relief où accrocher une sympathie ou une aversion.

Vêtu convenablement, il semblait timide et gauche: doux, réservé, médiocrement intelligent et fort défiant de soi. Il avouait n'avoir reçu qu'une éducation des plus imparfaites et se déclarait très-ignorant de la vie. Comme fortune, il ne possédait guère que sa profession. Il était alors chef de la comptabilité d'une importante fabrique du faubourg Saint-Antoine, aux appointements de quatre mille francs par an.

La jeune fille n'hésita pas.

Tout lui paraissait préférable à l'incessant contact d'une femme qu'elle abhorrait et qu'elle méprisait.

Elle donna son consentement. Et vingt jours après la première entrevue, elle était Mme Favoral...

Hélas! six semaines ne s'étaient pas écoulées, que déjà elle savait sa destinée et qu'elle n'avait fait que changer d'enfer.