C'était en effet le caissier du Comptoir de crédit mutuel, et véritablement tel que l'avait dépeint le marchand de vins. Et à le voir marcher, la tête baissée, on eût dit qu'il cherchait sur le trottoir la place où il avait mis le pied le matin pour l'y remettre le soir. Toujours du même pas méthodique, il gagna sa maison, gravit ses deux étages et tirant son passe-partout, il entra chez lui.
C'était bien le logis de l'homme, et tout, dès l'antichambre, y dénonçait la manie. Là évidemment, chaque meuble devait avoir sa place invariable, chaque objet irrévocablement sa tablette ou son clou.
Triste logis, d'ailleurs, accusant non pas la pauvreté précisément, mais de médiocres ressources et les artifices d'une économie qui se respecte. La propreté y atteignait les splendeurs du luxe, tout reluisait, mais il n'était pas un détail qui ne trahît la main industrieuse de la ménagère s'obstinant à défendre son mobilier contre les ravages du temps. Le velours des fauteuils avait aux angles des reprises qu'on était tenté d'attribuer à l'aiguille d'une fée. On distinguait des points de laine neuve dans les dessins fanés des devants de foyer. Les rideaux avaient été retournés pour offrir toujours aux regards la portion la moins flétrie.
Tous les hôtes énumérés par le marchand de vins, et deux ou trois autres encore se trouvaient au salon lorsque M. Favoral y entra.
Mais au lieu de répondre à leur salut:
—Où est Maxence? interrogea-t-il.
—Je l'attends, mon ami, répondit doucement Mme Favoral.
Le caissier fronça le sourcil:
—Toujours en retard, gronda-t-il, c'est se moquer à la fin...
Sa fille, Mlle Gilberte, lui coupa la parole: