—Le baron de Thaller!...
Plus pâle que sa serviette, le caissier s'était dressé.
—Le patron! balbutia-t-il. Le directeur du Comptoir de crédit mutuel!...
Sur les talons de la bonne, M. de Thaller entrait... Grand, mince, roide, il avait une tête toute petite, la figure plate, le nez pointu et de longs favoris roux nuancés de fils d'argent, qui lui tombaient jusqu'au milieu de la poitrine.
Plus soigné qu'une fille, il exhalait toutes sortes de parfums. Vêtu à la dernière mode, il portait un de ces amples pardessus à longs poils qui bombent les épaules, un pantalon évasé du bas, un large col rabattu sur une cravate claire constellée d'un gros diamant et un chapeau à bords insolemment cambrés.
D'un regard clignotant, il évalua la salle à manger, le mobilier mesquin, le dîner modeste, et les convives, des bourgeois, assis autour de la table. Et sans même daigner porter à son chapeau sa grosse main étroitement gantée de gris perle, d'un ton cassant et bref, et avec un léger accent qui affirmait être l'accent alsacien:
—Il faut que je vous parle, Vincent, dit-il à son caissier, seul, à l'instant...
L'effort de M. Favoral, pour dissimuler son trouble, était visible.
—C'est que, commença-t-il, nous sommes, comme vous le voyez, entre amis, en famille...
—Voulez-vous que je parle devant tout le monde? interrompit durement le directeur du Crédit mutuel...