On lui avait appris aussi à faire son paquetage—science ardue, mais indispensable à un hussard.
Ah! c’est une terrible opération que le paquetage! le plus malin s’y fait pincer. Tel qui va au peloton de parade croyant avoir réussi le sien, revient avec deux jours de consigne, qui lui prouvent péremptoirement le contraire.
Il s’agit de faire tenir sur la selle et dans les fontes tout l’équipement du hussard. Seul, le porte-manteau est une œuvre d’art: il doit renfermer trois fois plus d’objets qu’il n’en peut contenir, être rond, cintré, plus mince aux extrémités qu’au milieu. Et le manteau à rouler! il faut se mettre à cinq pour le réussir à l’ordonnance.
Puis Gédéon s’écorcha les mains à fabriquer des bottillons. On appelle ainsi des tortils de foin fortement serrés et comprimés, la ration d’un cheval pour vingt-quatre heures, réduite à son plus mince volume. On apprend aux hussards à les fabriquer pour les expéditions et les marches forcées en campagne. Mais comme, pour faire un bottillon à l’ordonnance, il faut une demi-journée à deux hommes, je n’ai jamais entendu dire qu’on s’en fût servi. Le filet est d’ailleurs infiniment plus commode.
Quant aux revues dans les chambres, elles variaient suivant les escadrons, chaque capitaine ayant son objet de prédilection: pompons de schako, étuis à plumet, boutons de sous-pied, bretelles de sabre, molettes d’éperons, il y en a pour tous les goûts.
Le capitaine du 1er escadron, celui de Gédéon, s’attachait surtout aux trousses; il en passait l’inspection au moins deux fois par semaine.
—Sans trousse complète, disait-il souvent, pas de bon soldat possible, pas de hussard ficelé.
Peut-être avait-il raison. La trousse est en effet le nécessaire à ouvrage du troupier; c’est un petit sac de cuir, dit sac-à-malice, qui doit renfermer un nombre incalculable d’objets.
En voici à peu près l’énumération: une paire de ciseaux, un dé, un étui, six aiguilles, du fil, bleu, blanc et rouge, huit boutons d’uniforme, quatre pour les manches, douze boutons d’os blanc, autant de noirs, quatre boutons doubles pour sous-pieds, de la cire jaune, de la cire à giberne, une alène, un bouchon, un peigne, etc., etc., etc.
Gédéon m’a souvent avoué que cette revue lui avait rapporté plus de soixante jours de salle de police. Elle avait aussi valu au capitaine du 1er escadron le surnom de La Trousse, si connu au 13e, que ses collègues mêmes ne l’appelaient jamais autrement. Il ne s’en fâchait pas. Un motif analogue avait attiré au capitaine du 3e le sobriquet de La Molette.