L’adjudant-major l’avait si bien compris, que, pour diminuer la tentation, il avait placé des factionnaires de nuit autour de la muraille provocatrice.

Mauvaise idée. Les factionnaires ne servaient qu’à faire la courte échelle à ceux qui voulaient fuir.

Mais, s’esquiver n’est rien. La seule chose vraiment à craindre est le contre-appel.

Presque chaque nuit l’adjudant-major de semaine fait passer ou passe lui-même dans les chambres accompagné du maréchal des logis chef.

Un lit est-il vide, on prend le nom du propriétaire, et s’il n’est pas de service, ou de garde, ou permissionnaire, il est porté manquant, et le lendemain quinze jours de salle de police l’attendent à sa rentrée.

C’est donc à parer à ce maudit contre-appel que s’évertuent les hussards découcheurs.

Autrefois on mettait une poupée faite d’une couverture et coiffée d’un bonnet de coton dans son lit, et tout était dit. Mais les adjudants-majors d’autrefois étaient myopes, sans doute, ceux d’aujourd’hui ne le sont pas.

De là mille ruses toujours déjouées.

Gédéon, pour son compte, inventa un assez joli moyen.

Il démontait son lit, en cachait les fers et les planches, donnait sa paillasse à l’un, son matelas à l’autre, puis rapprochait les lits de ses voisins de façon à diminuer le vide.