Le matin on dispose son lit pour l’œil, pour l’apparat; le soir seulement on l’arrange pour la nuit. Un lit bien fait, pour une revue, doit être plat et carré comme une table. On obtient ce résultat en pliant les draps et la couverture d’une certaine façon, mais on n’y arrive pas du premier coup, ainsi que s’en aperçut le nouveau hussard.
Son lit terminé, tant bien que mal, avec l’aide d’un camarade, Gédéon se hasarda à demander au brigadier si on lui donnerait bientôt un uniforme.
—Vous pouvez être tranquille, june homme, lui fut-il répondu, on a écrit au tailleur, qui est à Paris, de venir vous prendre mesure; mais en attendant il faut vous mettre à l’ordonnance. Ohé, le bourreau!
Un hussard, les mains pleines de cirage, s’avança brandissant d’énormes ciseaux.
Gédéon comprit qu’il avait affaire au perruquier de l’escadron. Il trembla. Ses cheveux étaient soignés, il avait la faiblesse d’y tenir; il voulut dire quelques mots pour les défendre, mais le brigadier lui ordonna de se taire et de s’asseoir; il obéit.
—Au moins, dit-il au perruquier, vous devriez bien vous laver un peu les mains.
—Ah! tu m’insultes, méchant bleu, grogna l’artiste militaire, attends, attends, je vais te mettre à l’ordonnance.
Il fit plus, car l’ordonnance dit: cheveux en brosse, et Gédéon fut tondu comme un œuf.
—Subsidiairement qu’on le rase, dit le brigadier; qu’on le rase.
—Ah! par exemple! s’écria Gédéon exaspéré, ce serait assez difficile, je n’ai pas sur la figure un traître poil, et il montrait ses joues.