Depuis une demi-heure la retraite était sonnée. On avait fait l’appel du soir.
Les hommes causaient çà et là dans la chambre, éclairée par une mince chandelle, car on peut veiller jusqu’à l’extinction des feux, c’est-à-dire jusqu’à dix heures.
D’autres étaient couchés; Gédéon pensa qu’il pouvait faire comme eux, et avec mille précautions pour ne pas choir, il se glissa sous sa couverture.
Il allait s’endormir lorsque tout à coup on le découvrit brusquement.
Cinq ou six de ses nouveaux camarades, bizarrement costumés, étaient autour de son lit, armés de pinceaux à cirage et d’éponges à blanc.
Alors un vieux soldat, le plus ancien, lui expliqua que, conformément à l’usage, on allait le baptiser hussard, en noir ou en blanc à son choix.
Gédéon ne savait s’il devait rire ou se fâcher, lorsqu’un mot prononcé près de lui l’éclaira.
—Camarades, arrêtez! s’écria-t-il, je suis dans mon tort; je n’ai pas encore payé ma bienvenue, mais je veux réparer mon oubli.
Brosses et pinceaux se retirèrent.
—Je vous invite tous, poursuivit Gédéon, à me suivre à la cantine.