A sept heures enfin, souper de mon cheval.
Et encore et toujours mon cheval! Pour lui on a remis en vigueur le cérémonial décrété par Caligula à l’usage de celui dont il fit un consul.
Cependant mon cheval est en bonne santé. Que serait-ce, grand Dieu! s’il était au régime. Je tremble à la seule pensée qu’il peut tomber malade et qu’alors je deviendrais son infirmier.
Mes journées ne lui suffisent pas, il lui faut mes nuits. Ainsi, à cette heure, lorsque je serais si aise de reposer dans mon lit, je suis ici de garde d’écurie, c’est-à-dire que je vais passer la nuit à veiller sur le sommeil de mon cheval, et du cheval de mon brigadier, et des chevaux de tous mes camarades...
—Garde d’écurie! cria une voix formidable, garde d’écurie!
D’un bond, Gédéon fut sur pied et en présence du brigadier de semaine qui faisait une ronde.
—Je présuppose que vous dormiez, dit sévèrement le brigadier; vous aurez le plaisir de me faire celui de deux jours de consigne.
—Brigadier, je vous assure...
—Silence dans le rrrang ou je réitère. Que je sais que les chevaux ils se plaignent que vos ronflements ils les empêchent de dormir.
Il n’y avait rien à répondre. Le brigadier s’éloigna en amortissant le bruit de ses pas, afin de surprendre quelque autre délinquant.