Gédéon, presque fier de cet interdit, se souciait infiniment peu des bavardages de Mortagne; malheureusement il en était pas de même de son père.

L’excellent M. Flambert, qui du matin au soir avait les oreilles ahuries de compliments de condoléance sur les frasques de l’héritier de son nom, croyait voir sa considération sérieusement menacée par l’inconduite de son fils. Déjà plusieurs fois il avait songé sérieusement à prendre le parti de mourir de chagrin, lorsque M. Narrault, le juge de paix, homme sévère mais juste, lui conseilla «de destiner son Gédéon à la carrière des armes,» ou, en d’autres termes, de le faire soldat bon gré mal gré.

III

Or, cette idée est des plus naturelles aujourd’hui; elle est presque un système.

Prudhomme, que nous avons vu jadis flétrir les excès d’une soldatesque effrénée et tracer en rougissant une peinture énergique de la licence des camps, Prudhomme est complètement revenu de ses injustes préventions.

Pour lui, l’armée n’est plus qu’un lycée correctionnel, fondé à la seule fin de tirer de peine les papas embarrassés de leurs mauvais sujets de fils, un gymnase orthopédique moral qui se charge gratis du redressement des caractères vicieux et des instincts mauvais. C’est pour quoi il y envoie bravement ses héritiers manger de la vache enragée.

C’est un pis-aller honorable, commode, et surtout fort économique; où trouver mieux?

L’armée, à ce système, doit chaque année quelques centaines de chenapans et de cerveaux brûlés qui viennent d’un air décidé essayer l’uniforme, et qui huit jours après donneraient tout au monde pour s’en aller.

Les sept dixièmes tournent mal; et si les familles ne se hâtent de les faire remplacer—ce qui coûte de l’argent—bon nombre vont en Afrique prendre l’air des compagnies de discipline, ou, pour parler comme au régiment, rouler la brouette à biribi.

Croyez, excellent monsieur Prudhomme, qu’il m’en coûte de vous arracher une de vos dernières illusions, mais cependant retenez bien ceci: