Un officier—le lieutenant même de son peloton—vint ouvrir.

Il est impossible de rendre les mille douleurs qui déchirèrent le cœur de l’amant infortuné: honte, jalousie, stupeur, colère.

—Madame n’y est pas, dit le lieutenant d’un ton goguenard.

—C’est que, balbutia Gédéon, je croyais... je voulais... je...

—Elle ne reviendra pas de longtemps, continua l’officier, c’est moi qui vous le dis.

Et il referma la porte.

Oh! cette porte maudite, comme il eût voulu pouvoir la jeter bas! Il le tenta, elle tint bon. Il dut renoncer à cette satisfaction d’écraser l’ingrate, l’infidèle sous le poids de ses mépris. Dans son désespoir, il essaya de s’arracher les cheveux; mais ils étaient coupés en brosse, et si courts, que cette ressource même, consolation suprême des désolés, lui fui aussi refusée.

Longtemps, l’œil hagard, les poings crispés, il se promena devant le grand portail de l’hôtel des Postes. Il roulait en son cœur les plus sinistres projets de vengeance. Il ne souhaitait rien moins que de passer son sabre au travers du corps de son officier.

—A qui donc en veut ce hussard à l’air menaçant? se demandaient les postillons, les palefreniers et les portefaix qui passent leur vie assis sur les bancs qui ornent la façade de l’hôtel; on dirait qu’il veut faire quelque mauvais coup.

Le mouvement, le grand air, la réflexion calmèrent un peu le triste ami de la trop légère Justine. Il finit par se rendre compte de son impuissance, et se dit que la traîtresse n’était pas digne de sa colère, qu’il lui avait fait trop d’honneur en s’exposant pour elle aux rigueurs de la discipline militaire.