XLII

Gédéon en prison songeait.
Or, que faire, en prison, à moins que l’on ne songe?

Apprivoiser les rats et les souris, ou enseigner le solfège à des araignées mélomanes? Il faut bien de la patience. Creuser un souterrain, comme l’abbé Faria, ou tisser des échelles en effilant son mouchoir? C’est bon, tout au plus, pour des prisonniers à perpétuité, et Gédéon avait la conviction que, dans l’intérêt même de son cheval, on lui rendrait bientôt la clef des champs... et de l’écurie.

Gédéon songeait donc. Il cherchait le pourquoi et le comment des choses qui n’en ont jamais eu et n’en auront jamais.

—Pourquoi diable! se disait-il, Justine a t-elle fait soixante lieues précisément pour venir ici me jouer un tour pendable? elle eût mieux fait de ne pas se déplacer. Pourquoi, elle qui m’adorait pékin, ne m’aime-t-elle plus hussard? Ce n’est pas l’habit qui fait l’amoureux. Pourquoi, si elle a des préventions contre l’uniforme me trompe-t-elle pour un autre uniforme? Tout cela n’est pas logique. Le lieutenant, c’est vrai, n’a pas de basanes à son pantalon, mais est-ce une raison suffisante? Il faut que l’épaulette ait pour les femmes des prestiges dont je ne me rends pas compte.

Vers le soir, on apporta au prisonnier sa soupe et un pain de la munition. Son camarade de lit s’était chargé de cette corvée pour avoir occasion de le voir et de lui être utile.

—Prends garde à la gamelle, lui dit-il à demi-voix, ce n’est pas de la soupe qui est dedans, c’est du vin. Tu trouveras un jambon dans ton pain.

Gédéon serra affectueusement la main du vieux troupier. Ces attentions, dans la disposition d’esprit où il se trouvait, le louchaient profondément.

—Je ne t’ai pas apporté de tabac, ajouta La Pinte, vu que le brigadier d’ordinaire n’a pas encore fait le prêt.

—Voici de l’argent, dit Gédéon, tâche de me faire passer des cigares.