—Qui me donnera des garanties? interrogea-t-il.

—Quelles garanties? demandèrent les autres, comme s’ils n’eussent pas compris.

—Je puis être... malheureux.

—Eh bien?...

—Ne m’accusera-t-on pas de trahison?

Aucun des députés ne répondit.

Mais du fond du carrosse, s’éleva la voix du paralytique Couthon, qui avait tout entendu, et qui criait:

—Quoi!... la nation t’appelle et tu hésites!... La patrie est en danger, et tu songes à toi!...

Dumouriez demeura un moment pensif... Puis, lui dont la parole avait d’ordinaire l’abondance et la verve méridionale, il dit lentement et en pesant sur chaque mot pour en souligner la valeur:

—C’est plus que la vie que vous me demandez, citoyens représentants, c’est peut-être l’honneur. Allez, je ne m’aveugle pas et je mesure bien le poids de l’effrayante responsabilité dont on me charge... Que je sois vaincu,—et je dois l’être,—et mon nom passera à la postérité accolé à l’ignoble épithète de traître.