Mon père ne se possédait pas de contentement.

—Il faudra mettre un gigot au four, commanda-t-il à ma mère, j’amènerai souper quelques bons patriotes, et nous viderons une bouteille au bonheur de la nation...

Le soir, en effet, il arriva avec trois de ses amis, dont le grand Fortier, le marchand de toiles, qui fut tué un mois plus tard, à la prise des Tuileries, le 10 août.

Leur persuasion était que les Prussiens, quand ils sauraient la ferme attitude de l’Assemblée, et l’impossibilité où serait le roi de favoriser leur invasion, s’arrêteraient.

C’est ce dont ne semblait nullement convaincu M. Goguereau, le représentant, qui était de ce souper.

—Ne nous hâtons pas de chanter victoire, disait-il, de peur d’être obligés de déchanter.

Cependant tout ce qu’il nous apprit n’était pas fait pour diminuer notre assurance.

C’est de lui que nous sûmes positivement que, de tous les points de la province, des gardes nationaux fédérés se mettaient en marche, en armes et avec du canon, pour aller former un camp aux environs de Soissons.

On en attendait cinq cents de Marseille et trois cents de Brest, qui devaient déjà être en route.

Tous devaient passer par Paris et y assister à la grande fête patriotique qui se préparait pour le 14 juillet, anniversaire de la prise de la Bastille.