Les chansons ne tardèrent pas à s’en mêler, car en aucun temps on ne rima davantage.
Il me semble voir encore un grand vieux tout dépenaillé, qui se tenait devant Saint-Roch, abrité sous un large parapluie, et qui chantait une longue complainte dont le refrain était:
Encore un baiser, Lamourette,
Encore un baiser!...
Enfin, des députés que j’avais vu de mes yeux, dans les bras l’un de l’autre, s’embrassant comme du pain, écrivirent aux journaux pour démentir le fait.
Cette scène de réconciliation n’avait-elle donc été qu’une hypocrisie préméditée des partis, désireux d’endormir leurs mutuelles défiances?...
N’était-elle, comme d’aucuns l’insinuaient, qu’une comédie convenue entre le roi et l’évêque de Lyon pour détourner les esprits de la discussion de la loi du danger de la patrie, et laisser ainsi aux Prussiens le temps d’arriver?
M. Goguereau, que je me permis d’interroger, m’affirma que ce n’était ni l’un ni l’autre.
—Pourquoi donc, me dit-il, n’aurions-nous pas été sincères!... La haine n’est pas si douce!... Nous avons été émus et entraînés... Toutes les assemblées sont exposées à des surprises sentimentales de ce genre...
Je vous donne l’explication telle qu’elle m’a été donnée. Ce qui n’empêche qu’une célébrité de ridicule est demeurée attachée à cette scène, qui m’avait tiré des larmes... Encore aujourd’hui, un «baiser Lamourette» est le synonyme de comédie et de trahison.
Mais précisément parce qu’ils étaient furieux d’avoir été dupes d’un mouvement de leur cœur, les partis n’en étaient devenus que plus acharnés.