En face de l’Ecole Militaire, des volontaires avaient, je ne sais comment, déblayé un assez large espace, et on y dansait des rondes, au son de musiques véritablement enragées...

Jamais je n’avais vu, jamais je n’ai vu depuis chose pareille... Paris entier était là, Paris saisi de vertige, délirant, fou.

Alors je compris la contagion des grandes passions qui bouleversent les masses... Je sentais la fièvre me gagner, mes idées se brouillaient; j’éprouvais comme un vague besoin d’imiter tous ces gens que je voyais là, de crier, de me démener...

Malheureusement, je me sentais aussi défaillir... Il était quatre heures, et je n’avais rien pris de la journée qu’une croûte de pain et un doigt de vin blanc.

Fougeroux me vit si blême qu’il s’en inquiéta.

—Il faut rentrer coûte que coûte, me déclara-t-il résolument, la bourgeoise doit être inquiète.

C’était bien mon avis, mais mesurant de l’œil la distance à parcourir et l’effroyable épaisseur de la foule, je me sentais découragé.

—Si nous nous engageons dans cette cohue, répondis-je, nous serons peut-être des heures pour nous en tirer.

—Essayons toujours, gronda Fougeroux, en retournant ses manches et en faisant mine de descendre de notre tas de briques.

Mais notre compagnon à mine chafouine l’arrêta en nous disant: