Nous ne tardâmes pas à l’apprendre.
Au moment où nous traversions un bataillon de sectionnaires, huit ou dix se mirent à crier, et tous les autres répétèrent:
Tout nous était expliqué. Je le connaissais ce Goudril, maintes fois j’avais vu son nom dans les journaux, et j’avais entendu cent fois mon père en parler comme d’un scélérat fort dangereux.
C’était un ancien clerc de Danton, chassé par Danton, qui avait été un moment au service de Marat et qui, pour le moment, rédigeait une espèce de journal dépassant de beaucoup en ignominie le Père Duchêne, l’immonde feuille d’Hébert.
Il s’était en outre improvisé tribun, et s’était fait une sorte de renom, par la violence ordurière de son langage et l’excentricité de ses motions.
En ce moment, il me parut jouir délicieusement de ce renom, et je m’ébahissais à voir de quel air superbe il distribuait des poignées de main.
Puis, comme on le priait de parler, il avisa les épaules d’un énorme sectionnaire, s’y hissa et commença un discours...
Et positivement, on en entendait quelque chose, malgré l’effroyable vacarme, tant il forçait sa voix aigre et perçante comme un fifre.
Il n’était pas d’ailleurs le seul à se livrer à cet exercice étrange, et, en me haussant sur la pointe des pieds, je pouvais apercevoir à quelque distance cinq ou six orateurs qui péroraient pareillement du haut de ce qu’on appelait alors une «tribune patriotique...»