—Assurément.
Pour parler vrai, je ne le croyais qu’à demi et mon accent devait manquer d’assurance. Elle eût cependant l’air de me croire, et se remettant à marcher.
—Du moins, poursuivit-elle d’un ton moitié plaisant et moitié attendri, du moins vous me direz, je l’espère, le nom de mon sauveur pour que je puisse le joindre à mes prières... Comment vous nommez-vous, monsieur?
—Justin Coutanceau, mademoiselle...
Et poussé par un mouvement de vanité:
—Le prénom de Justin, ajoutai-je, est celui de mon parrain, M. Goguereau, le député de Paris.
Je sentis que son bras tressaillait sous le mien, et avec une vivacité singulière:
—Quoi! s’écria-t-elle, vous êtes le filleul de Goguereau!... C’est bien l’ami de Vergniaud, n’est-ce pas? de Gensonné, de l’ancien ministre Roland, et de tous les Girondins!...
—Oui, mademoiselle, répondis-je, confondu d’entendre une jeune fille, une ouvrière, parler de tels hommes comme si elle les eût connus.
Pour la première fois, ma protégée daigna prendre attention à mon humble personne, et elle m’examina d’un rapide et subtil coup-d’œil.