Non. Il était arrivé quelque catastrophe.
Devant la grille de l’habitation du maire, stationnaient une quinzaine de femmes du bourg. Au milieu du groupe, Baptiste, le valet qui fait ce qu’il veut, pérorait et gesticulait.
Mais à l’approche du redoutable juge de paix, les commères s’envolèrent comme une troupe de mouettes effarouchées. Elles l’avaient reconnu d’assez loin à la lueur d’un réverbère.
Car Orcival possède et étale orgueilleusement vingt réverbères, présent de M. Courtois, qu’on allume jusqu’à minuit les soirs où il n’y a pas de lune. Vingt réverbères à huile de pétrole achetés à la liquidation d’une ville qui, assez riche pour se payer des lumières plus éclatantes, venait d’adopter le gaz.
Les réverbères d’Orcival n’éclairent peut-être pas beaucoup, mais par les soirées d’hiver, quand il y a du brouillard surtout, l’huile de pétrole répand une abominable odeur.
L’arrivée inattendue du vieux juge de paix contraria sensiblement le tranquille Baptiste, interrompu par la fuite de ses auditeurs juste au milieu d’un superbe mouvement oratoire.
Comme cependant il a grand-peur du bonhomme, il dissimula sa contrariété sous son sourire, habituel.
—Ah! monsieur, s’écria-t-il, lorsque le père Plantat ne fut plus qu’à trois pas, ah! monsieur, quelle histoire! Je courais vous chercher...
—Ton maître a besoin de moi?
—C’est à n’y pas croire, poursuivit Baptiste. En sortant du Valfeuillu, ce soir, Monsieur se met à courir, si fort, mais si fort, que c’est à peine si je pouvais le suivre.