À l’étage supérieur, on voyait des lumières aller et venir. On s’occupait de la plus jeune des filles de M. Courtois, Mlle Lucile, qui avait été prise d’une affreuse attaque de nerfs.
Dans le vestibule, une fillette de quinze ans qui servait de femme de chambre à Mlle Laurence, était assise sur la première marche de l’escalier. Elle avait relevé son tablier sur sa tête, comme font à la campagne les femmes au désespoir, et pleurait à fendre l’âme.
Quelques domestiques étaient là, effarés, immobiles, ne sachant que faire, que devenir dans ce désarroi.
La porte du salon, mal éclairé par deux bougies, était toute grande ouverte. Dans un vaste fauteuil près de la cheminée, Mme Courtois était renversée plutôt qu’assise. Au fond, près des fenêtres donnant sur le jardin, M. Courtois gisait sur le canapé.
On lui avait retiré son paletot et pour aller plus vite, au moment où sa vie dépendait d’un coup de lancette, on avait déchiré et arraché les manches de sa chemise et de son gilet de flanelle. Des bandes de toile, comme on en ajuste après les saignées, entouraient ses deux bras nus.
Près de la porte, un petit homme vêtu comme les artisans aisés des environs de Paris, semblait fort embarrassé de sa contenance. C’était Robelot, le rebouteux, qu’on avait fait rester, crainte de quelque nouvel accident.
L’entrée du père Plantat tira M. Courtois de l’état de morne stupeur dans lequel il était plongé.
Il se leva, et c’est en chancelant qu’il vint se jeter, ou plutôt s’abattre entre les bras du vieux juge de paix.
D’une voix déchirante, il disait:
—Ah! mon ami, je suis bien malheureux! oui, bien malheureux.