Hector ne répondait toujours pas.
—Tant que durera l’argent, continuait Jenny, nous rirons. Quand il n’y en aura plus, si tu es toujours décidé, tu te tueras, c’est-à-dire, nous nous tuerons ensemble. Mais pas avec un pistolet, n’est-ce pas cela doit faire trop de mal. Nous allumerons un grand réchaud de charbon, nous nous endormirons dans les bras l’un de l’autre, et tout sera dit. Il paraît qu’on ne souffre pas du tout. Une de mes amies qui avait déjà perdu connaissance quand on a enfoncé sa porte, m’a dit qu’elle n’avait rien senti, qu’un peu de mal à la tête.
Cette proposition tira Hector de l’engourdissement voluptueux où l’avaient maintenu les regards et l’étreinte de sa maîtresse.
Elle réveillait en lui un souvenir qui froissait toutes ses vanités de gentilhomme et de viveur.
Trois ou quatre jours auparavant, il avait lu, dans un journal, le récit du suicide d’un marmiton de chez Vachette qui, dans un accès de désespoir amoureux, avait dérobé chez son patron un réchaud, et était allé s’asphyxier bravement dans son taudis. Même, avant de mourir, il avait écrit à son infidèle, une lettre très touchante.
Cette idée de finir comme le cuisinier le fit frémir. Il entrevit la possibilité d’une comparaison horrible. Quel ridicule! Et le comte de Trémorel qui avait passé sa vie à faire profession de tout braver, avait une peur folle du ridicule.
Aller se faire périr par le charbon à Belleville, avec une grisette. Horreur!
Il dénoua presque brutalement les bras de miss Fancy et la repoussa.
—Assez de sentiment comme cela, dit-il de son ton d’autrefois. Tout ce que tu dis, ma chère enfant, est fort joli, mais complètement absurde. Un homme de mon nom ne déchoit pas, il meurt.
En retirant de sa poche les billets qu’y avait glissés miss Fancy, il les rejeta sur la table.