—Laissez-moi donc, avait-il répondu, ma fille sera, je l’espère, une bonne et digne épouse, et en ce cas votre fortune est la sienne. Si, au contraire, elle venait à se mal conduire, quarante mille francs seraient encore trop. Après ça, si vous craignez de mourir le premier, vous êtes libre de faire un testament.
Force fut d’obéir. Peut-être le père Lechaillu, le digne maître d’école, connaissait-il sa fille.
Il était seul, en ce cas, à l’avoir devinée, car jamais une hypocrisie plus consommée ne fut mise au service d’une perversité si profonde qu’elle peut sembler exagérée, d’une dépravation inconcevable chez une femme jeune et ayant peu vu le monde.
Si elle se jugeait au fond du cœur la plus infortunée des créatures, il n’en parut jamais rien, ce fut un secret bien gardé.
Tous ses actes furent si bien marqués au coin d’une politique savante que son admirable comédie fit illusion, même à l’œil perçant de la jalousie.
Elle avait su se composer pour son mari, à défaut de l’amour qu’elle ne ressentait pas, les apparences d’une passion à la fois brûlante et discrète, que trahissaient certains regards jetés à la dérobée—et surpris—un mot, sa contenance dans un salon quand il entrait.
Si bien que tout le monde disait:
—La belle Berthe est folle de son mari.
C’était la conviction de Sauvresy, et il était le premier à dire, sans cacher la joie qu’il en éprouvait:
—Ma femme m’adore.