—Mais malheureux, s’écria Sauvresy, comment m’y prendre pour nettoyer ta position.
—Eh! ne la nettoie pas; fais comme moi, laisse agir mes créanciers, ils sauront bien se débrouiller, sois tranquille; laisse-les mettre mes biens en vente...
—Jamais! si on arrive à une vente aux enchères, tu es absolument ruiné.
—Bast! un peu plus ou un peu moins!
Quel sublime désintéressement, pensait Berthe, quelle insouciance, quel mépris admirable de l’argent, quel noble dédain des détails mesquins et petits qui agitent le vulgaire!
Sauvresy serait-il capable d’un pareil détachement?
Certes, elle ne pouvait l’accuser d’avarice, il devenait pour elle, prodigue comme un voleur, il ne lui avait jamais rien refusé, il courait au-devant de ses plus coûteuses fantaisies, mais enfin, il avait pour le gain l’âpreté d’un fils de paysan, et, en dépit de sa haute fortune, il gardait quelque chose de la vénération paternelle pour l’argent.
Quand il avait un marché à passer avec un de ses fermiers, il ne craignait pas de se lever de grand matin, de monter à cheval, même en plein hiver, de faire trois ou quatre lieues sous la pluie pour attraper quelques centaines d’écus.
Il se serait ruiné pour elle, si elle l’eût voulu, elle en était convaincue, mais il se serait ruiné économiquement, avec ordre, comme le plat bourgeois qui ouvre un compte à ses vices.
Sauvresy réfléchissait.