Berthe, il est vrai, dépensait pour entretenir ses riantes illusions des trésors de duplicité.

Elle, si souvent capricieuse autrefois, nerveuse, volontaire, elle devint peu à peu soumise jusqu’à l’abnégation et d’une angélique douceur.

De son mari dépendait l’avenir de sa liaison, et rien ne lui coûtait pour empêcher le plus léger soupçon d’effleurer sa naïve sécurité. Elle payait l’horrible tribut des femmes adultères, réduites par la peur, par leurs anxiétés de tous les instants, aux feintes les plus honteuses et les plus déshonorantes de la passion.

Telle fut d’ailleurs leur prudence que, chose rare, personne, dans leur entourage, ne se douta jamais de rien.

Et cependant, Berthe n’était pas heureuse.

Cet amour ne lui donnait rien des joies célestes qu’elle en avait attendues. Elle espérait être emportée dans les nuages, et elle restait à terre, se heurtant à toutes les misérables vulgarités d’une vie de transes et de mensonges.

Peut-être s’aperçut-elle, que pour Hector elle était surtout une vengeance, qu’en elle il aimait surtout la femme enlevée à un ami lâchement envié.

Et pour comble, elle était jalouse!

Après plusieurs mois, elle n’avait pu obtenir de Trémorel qu’il rompît avec miss Fancy. Toutes les fois qu’elle se résignait à aborder cette question si humiliante pour elle, il avait la même réponse, prudente et sensée peut-être, mais à coup sûr injurieuse et irritante:

—Songez, je vous prie, Berthe, répondait-il, que miss Fancy est notre sécurité.