De sa vie, la pauvre fille n’avait éprouvé une terreur pareille. La colère de cet homme l’épouvantait, elle comprenait qu’il était hors de lui, qu’elle était entre ses mains, à sa merci, qu’elle pouvait être brisée, et cependant elle se débattait encore.

—Vous m’avez fait mal, murmurait-elle, essayant la puissance de ses larmes, bien mal, je ne vous ai cependant rien fait.

Il lui reprit les poignets, et se penchant sur elle jusqu’à effleurer son visage:

—Une dernière fois, dit-il, cette lettre, donne-la moi ou je la prends de force.

Résister plus longtemps était folie. Par bonheur, elle n’eut pas l’idée de crier, on serait venu et peut-être en était-ce fait d’elle.

—Lâchez-moi, répondit-elle, vous allez l’avoir.

Il la lâcha, restant debout, devant elle, pendant qu’elle fouillait dans toutes ses poches. Ses cheveux, dans la lutte, s’étaient dénoués, sa collerette était déchirée, elle était livide, ses dents claquaient, mais ses yeux brillaient d’une audace et d’une résolution viriles.

Tout en paraissant chercher, elle murmurait:

—Attendez... la voilà... Non. C’est singulier, je suis pourtant sûre de l’avoir, je la tenais il n’y a qu’un instant...

Et tout à coup, d’un geste plus prompt que l’éclair, elle porta à sa bouche la lettre qu’elle avait roulée en boule, essayant de l’avaler.