Aucune de ces vengeances vulgaires ne pouvait le satisfaire. Il voulait quelque chose d’inouï, de bizarre, d’excessif, comme l’offense, comme ses tortures.
Et il se reprenait à songer à toutes les histoires sinistres qu’il avait lues, cherchant un supplice applicable aux circonstances présentes. Il avait le droit d’être difficile, il était déterminé à attendre et, d’avance, il avait fait le sacrifice de sa vie.
Une seule chose pouvait renverser ses projets, la lettre arrachée à Jenny Fancy. Qu’était-elle devenue? L’avait-il donc perdue dans les bois de Mauprévoir? Il l’avait cherchée partout et ne l’avait pas retrouvée.
Il s’accoutumait, d’ailleurs, à feindre, trouvant comme une jouissance cruelle dans la contrainte qu’il s’imposait. Il avait su se composer une contenance qui ne laissait rien deviner des pensées qui le hantaient. C’est sans frissonnements apparents qu’il subissait les flétrissantes caresses de cette femme jadis tant aimée; jamais il n’avait tendu à son ami Hector une main plus largement ouverte.
Le soir, lorsqu’ils se trouvaient tous trois réunis sous la lampe, il prenait sur lui d’être gai. Il bâtissait mille riants châteaux en Espagne, pour plus tard, quand on lui permettrait de sortir, quand il irait tout à fait bien.
Le comte de Trémorel se réjouissait.
—Voici Clément sur pied pour tout de bon cette fois, dit-il un soir à Berthe.
Elle ne comprenait que trop le sens de cette phrase.
—Vous songez donc toujours à Mlle Courtois? demanda-t-elle.
—Ne m’avez-vous pas permis d’espérer?