Jean La Ripaille comprit à la voix rauque de son fils, qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire. Il lâcha son écope, et, l’inquiétude aidant, en trois bonds, il fut dans le parc.
Lui aussi, il resta épouvanté devant le spectacle qui avait terrifié Philippe.
Sur le bord de la rivière, parmi les joncs et les glaïeuls, le cadavre d’une femme gisait. Ses longs cheveux dénoués s’éparpillaient parmi les herbes aquatiques; sa robe de soie grise en lambeaux était souillée de boue et de sang. Toute la partie supérieure du corps plongeait dans l’eau peu profonde, et le visage était enfoncé dans la vase.
—Un assassinat! murmura Philippe dont la voix tremblait.
—Ça, c’est sûr, répondit La Ripaille d’un ton indifférent. Mais quelle peut être cette femme? Vrai, on dirait la comtesse.
—Nous allons bien voir, dit le jeune homme.
Il fit un pas vers le cadavre; son père l’arrêta par le bras.
—Que veux-tu faire, malheureux! prononça-t-il; on ne doit jamais toucher au corps d’une personne assassinée, sans la justice.
—Vous croyez?
—Certainement! il y a des peines pour cela.