—J’ai soif.

Hector, qui avait levé les yeux aux premières paroles de son ami, se replongea dans sa lecture.

Debout devant la cheminée, Berthe préparait avec des soins minutieux la dernière potion prescrite par le docteur R... et qui nécessitait certaines précautions.

La potion prête, elle sortit de sa poche la fiole de cristal bleu et y trempa, comme tous les soirs, une de ses épingles à cheveux. Elle n’eut pas le temps de la retirer, on la touchait légèrement à l’épaule.

Un frisson la secoua jusqu’aux talons; brusquement elle se retourna et poussa un cri terrible, un cri d’épouvante et d’horreur:

—Oh!...

Cette main qui l’avait touchée, c’était celle de son mari. Oui, pendant qu’elle était devant la cheminée, dosant le poison, Sauvresy bien doucement s’était soulevé; puis doucement, il avait écarté le rideau, et c’était son bras décharné qui s’allongeait vers elle, c’étaient ses yeux effrayants de haine et de colère qui flamboyaient devant les siens.

Au cri de Berthe, un autre cri sourd, un râle plutôt, avait répondu.

Trémorel avait tout vu, tout compris, il était anéanti.

«Tout est découvert!» Ces trois mots éclataient dans leur intelligence comme des obus. Partout autour d’eux, ils éblouissaient, écrits en lettres de feu. Il y eut un moment d’indicible stupeur, une minute de silence si profond qu’on entendit battre les tempes d’Hector.