—Hum! grommela le père Plantat, insignifiant étranger!...
Son ton était à ce point singulier, son air si équivoque, que le juge d’instruction en fut frappé.
—Ne partageriez-vous pas, monsieur, demanda-t-il, les opinions de monsieur le maire sur le compte des époux Trémorel?
Le père Plantat haussa les épaules.
—Je n’ai pas d’opinions, moi, répondit-il, je vis seul, je ne vois personne; que m’importent toutes ces choses. Cependant...
—Il me semble, exclama M. Courtois, que nul mieux que moi ne doit connaître l’histoire de gens qui ont été mes amis et mes administrés.
—C’est qu’alors, répondit sèchement le père Plantat, vous la contez mal.
Et comme le juge d’instruction le pressait de s’expliquer, il prit sans façon la parole, au grand scandale du maire rejeté ainsi au second plan, esquissant à grands traits la biographie du comte et de la comtesse.
La comtesse de Trémorel, née Berthe Lechaillu, était la fille d’un pauvre petit instituteur de village.
À dix-huit ans, sa beauté était célèbre à trois lieues à la ronde, mais comme elle n’avait pour toute dot que ses grands yeux bleus et d’admirables cheveux blonds, les amoureux—c’est-à-dire les amoureux pour le bon motif—ne se présentaient guère.