«Mon cher Plantat,

«Vous m’avez demandé une dépêche, autant vous griffonner en toute hâte une vingtaine de lignes que je vous fais porter chez notre sorcier...»

—Oh! murmura M. Lecoq s’interrompant, M. Gendron est trop bon, trop indulgent, en vérité!

N’importe, le compliment lui allait au cœur. Il reprit:

«... Ce matin à trois heures, nous avons procédé à l’exhumation du corps de ce pauvre Sauvresy. Certes, plus que personne je déplore les circonstances affreuses de la mort de ce digne et excellent homme, mais d’un autre côté, je ne puis m’empêcher de me réjouir de cette occasion unique et admirable qui m’est offerte d’expérimenter sérieusement et de démontrer l’infaillibilité de mes papiers sensibilisés...»

—Maudits savants! s’écria le père Plantat indigné, ils sont tous les mêmes.

—Pourquoi? Je m’explique très bien le sentiment involontaire du docteur. Puis-je n’être pas ravi lorsque je rencontre un beau crime?

Et, sans attendre la réplique du juge de paix, il poursuivit la lecture de la lettre:

«L’expérience promettait d’être d’autant plus concluante que l’aconitine est un des alcaloïdes qui se dérobent le plus opiniâtrement aux investigations et à l’analyse.

«Vous savez comment je procède? Après avoir fait chauffer fortement dans deux fois leur poids d’alcool les matières suspectes, je fais couler doucement le liquide dans un vase à bords peu élevés dont le fond est garni d’un papier sur lequel je suis parvenu à fixer mes réactifs. Mon papier conserve-t-il sa couleur? Il n’y a pas de poison. En change-t-il? Le poison est constant.