Quand M. Lecoq est pressé, il marche vite. Il courait presque, en descendant la rue de Notre-Dame-de-Lorette, qui est la rue de Paris qu’on pave le plus souvent, si bien que le père Plantat avait toutes les peines du monde à le suivre.

Tout en hâtant le pas, préoccupé des mesures qu’il avait à prendre pour assurer le succès de ses desseins, il poursuivait un monologue dont le juge de paix, de-ci et de-là, saisissait quelques bribes.

—Tout va bien, murmurait-il, et nous réussirons. Il est rare qu’une campagne commençant si bien ne se termine pas heureusement. Si Job est chez le marchand de vins, si un de mes hommes a réussi dans sa tournée, le crime du Valfeuillu est réglé, toisé, arrangé dans la soirée, et dans huit jours personne n’en parlera plus.

Arrivé au bas de la rue, en face de l’église, l’agent de la Sûreté s’arrêta court.

—J’ai à vous demander pardon, monsieur, dit-il au juge de paix d’Orcival, de vous traîner ainsi à ma suite et de vous condamner à faire mon métier, mais outre que votre assistance pouvait m’être fort utile chez Mme Charman, elle me devient absolument indispensable maintenant que nous allons nous occuper sérieusement de Trémorel.

Aussitôt, ils traversèrent le carrefour et entrèrent chez le marchand de vins établi au coin de la rue des Martyrs.

Debout derrière son comptoir d’étain, occupé à verser dans des litres le contenu d’un énorme broc, le patron ne sembla pas médiocrement étonné de voir s’aventurer dans sa boutique deux hommes qui paraissaient appartenir à la classe élevée de la société. Mais M. Lecoq, comme Alcibiade, est partout chez lui et parle la langue technique de tous les milieux où il pénètre.

—N’avez-vous pas chez vous, demanda-t-il au marchand de vins, une société de huit ou dix hommes qui en attendent d’autres.

—Oui, monsieur, ces messieurs sont arrivés il y a une heure environ.

—Ils sont dans le grand cabinet du fond? n’est-ce pas?