Tel est l’homme qui, un quart d’heure après le départ de Baptiste, arrivait chez le maire d’Orcival.
M. Plantat est grand, maigre et nerveux. Sa physionomie n’a rien de remarquable. Il porte les cheveux courts, ses yeux inquiets paraissent toujours chercher quelque chose, son nez fort long est mince comme la lame d’un rasoir. Depuis ses chagrins, sa bouche, si fine jadis, s’est déformée, la lèvre inférieure s’est affaissée et lui donne une trompeuse apparence de simplicité.
—Que m’apprend-on, dit-il dès la porte, on a assassiné Mme de Trémorel.
—Ces gens-ci, du moins, le prétendent, répondit le maire qui venait de reparaître.
M. Courtois n’était plus le même homme. Il avait eu le temps de se remettre un peu. Sa figure s’essayait à exprimer une froideur majestueuse. Il s’était vertement blâmé d’avoir, en manifestant son trouble et sa douleur devant les Bertaud, manqué de dignité.
«Rien ne doit émouvoir à ce point un homme dans ma position», s’était-il dit.
Et, bien qu’effroyablement agité, il s’efforçait d’être calme, froid, impassible.
Le père Plantat, lui, était ainsi tout naturellement.
—Ce serait un accident bien fâcheux, dit-il d’un ton qu’il s’efforçait de rendre parfaitement désintéressé, mais, au fond, qu’est-ce que cela nous fait? Il faut néanmoins aller voir sans retard ce qu’il en est; j’ai fait prévenir le brigadier de gendarmerie qui nous rejoindra.
—Partons, dit M. Courtois, j’ai mon écharpe dans ma poche.