Alors Max eut une idée de la misère, non cette misère que l’on rencontre chaque jour, insoucieuse, vivante, qui cherche sa vie au grand jour, le front haut et le rire aux lèvres, acceptant sans souci, étalant au soleil sa nudité et ses ulcères.
Mais, cette misère décente, honteuse, réservée, qui dissimule et se cache, misère en habit noir et en cravate blanche, qui dîne pour dix sous, grelotte l’hiver dans une chambre glaciale et nue, mais qui porte des gants, et dissimule encore; luxe mal plâtré, qui laisse trop souvent s’entr’ouvrir le manteau sous lequel essaye de se cacher le malheureux! La plus horrible des misères, en un mot, qui meurt de faim en criant à l’indigestion, toujours pour garder le décorum.
Un jour, Max échangea sa dernière pièce de vingt francs.
Quelques jours après, le pain manqua à la maison, il n’y avait plus rien à vendre ni à engager; le propriétaire, qui craignait pour ses termes, ne voulait laisser sortir aucun meuble. Il n’y avait plus rien.
Et il n’y avait pas de pain!
Max sortit à moitié fou, il fut chez Clodomir.
—As-tu de l’argent, mon pauvre ami? lui dit-il.
—Oui! répondit le jeune homme. Comme toi, jadis, je te dirai puise... Mais, j’ai mieux que cela, j’ai une place pour toi.
—Où cela? Mon Dieu! est-ce bien sûr?