Mon père n’avait pas beaucoup plus de trois cents francs.
—Allons, c’est bien, dit le supérieur, la somme est insuffisante, mais le sacrifice sera compté. Nous complèterons le reste, envoyez-lui le linge, ce sera toujours autant.
Et il remit une petite liste imprimée.
—Maintenant, je vais faire habiller votre fils. On va lui prendre mesure à l’instant, tout sera prêt pour la rentrée, nous avons encore quatre jours, et maintenant vous pouvez vous retirer.
Alors, je sentis le cœur me faillir, et c’est en fondant en larmes que je me jetai dans les bras de mon père.
—Pauvre gars, me disait-il en sanglotant, je comptais bien que la conscription te prendrait, mais pas celle-là, et encore j’économisais pour t’acheter un homme.
Enfin il s’essuya les yeux, et s’adressant, au supérieur:
—Ne viendra-t-il jamais nous voir? demanda-t-il.
—Aux vacances, pas avant, la règle est immuable, jamais de sortie. En un jour, un enfant perd le fruit d’un mois de sagesse et de travail.
—Mais nous, nous pourrons le venir voir?