Ces détails, je les avais constatés d’un coup, sans effort, sans pour ainsi dire que ma volonté y fût pour rien.
Mon œil remplissait le rôle d’un objectif photographique, le théâtre du meurtre s’était fixé dans mon esprit comme sur une plaque préparée, avec une telle précision, que nulle circonstance n’y manquait, avec une telle solidité qu’aujourd’hui encore je pourrais dessiner l’appartement du «petit vieux des Batignolles,» sans rien oublier, sans oublier même un bouchon à demi recouvert de cire verte qu’il me semble voir encore par terre, sous la chaise du greffier.
C’était une faculté extraordinaire, qui m’a été départie, ma faculté maîtresse, que je n’avais pas encore eu l’occasion d’exercer, qui tout à coup se révélait en moi.
Alors, j’étais bien trop vivement ému pour analyser mes impressions.
Je n’avais qu’un désir, obstiné, brûlant, irrésistible: m’approcher du cadavre étendu à deux mètres de moi.
Je luttai d’abord, je me défendis contre l’obsession de cette envie. Mais la fatalité s’en mêlait... je m’approchai.
Avait-on remarqué ma présence?... je ne le crois pas.
Personne, en tout cas, ne faisait attention à moi.
M. Méchinet et le commissaire de police causaient toujours près de la fenêtre; le greffier, à demi-voix, relisait au juge d’instruction son procès-verbal.
Ainsi, rien ne s’opposait à l’accomplissement de mon dessein.