—C’est assez me torturer, vous ne m’arracherez plus un mot...

Il était clair qu’à insister on perdrait sa peine.

Nous nous retirâmes donc, et une fois dehors, sur le quai, saisissant le bras de M. Méchinet:

—Vous l’avez entendu, lui dis-je, ce malheureux ne sait seulement pas de quelle façon a péri son oncle... Est-il possible encore de douter de son innocence!...

Mais c’était un terrible sceptique, que ce vieux policier.

—Qui sait!... répondit-il... j’ai vu de fameux comédiens en ma vie... Mais en voici assez pour aujourd’hui... ce soir, je vous emmène manger ma soupe... Demain, il fera jour et nous verrons...

VII

Il n’était pas loin de dix heures lorsque M. Méchinet, que j’escortais toujours, sonna à la porte de son appartement.

—Je n’emporte jamais de passe-partout, me dit-il. Dans notre sacré métier, on ne sait jamais ce qui peut arriver... Il y a bien des gredins qui m’en veulent, et si je ne suis pas toujours prudent pour moi, je dois l’être pour ma femme.

L’explication de mon digne voisin était superflue: j’avais compris. J’avais même observé qu’il sonnait d’une façon particulière, qui devait être un signal convenu entre sa femme et lui.