Elle s’adressait à M. Méchinet et signifiait clairement:
—Quoi! tu t’es confié à ce jeune homme, tu lui as révélé ta situation, tu l’as initié à nos secrets!
C’est ainsi que je l’interprétais, ce «ah!» si éloquent, et mon digne voisin l’interpréta comme moi, car il répondit:
—Eh bien! oui. Où est le mal? Si j’ai à redouter la vengeance des misérables que j’ai livrés à la justice, qu’ai-je à craindre des honnêtes gens?... T’imaginerais-tu, par hasard, que je me cache, que j’ai honte de mon métier...
—Tu m’as mal compris, mon ami, objecta la jeune femme...
M. Méchinet ne l’entendit même pas.
Il venait d’enfourcher—je connus ce détail plus tard—un dada favori qui l’emportait toujours.
—Parbleu! poursuivit-il, tu as de singulières idées, madame ma femme. Quoi! je suis une des sentinelles perdues de la civilisation, au prix de mon repos et au risque de ma vie, j’assure la sécurité de la société et j’en rougirais!... Ce serait par trop plaisant. Tu me diras qu’il existe, contre nous autres de la police, quantité de préjugés ineptes légués par le passé... Que m’importe! Oui, je sais qu’il y a des messieurs susceptibles qui nous regardent de très-haut... Mais sacrebleu! je voudrais bien voir leur mine si demain mes collègues et moi nous nous mettions en grève, laissant le pavé libre à l’armée de gredins que nous tenons en respect!
Accoutumée sans doute à des sorties de ce genre, madame Méchinet ne souffla mot, et bien elle fit, car mon brave voisin ne rencontrant pas de contradiction, se calma comme par enchantement.
—Mais en voici assez, dit-il à sa femme. Il s’agit pour l’instant d’une chose bien autrement importante... Nous n’avons pas dîné, nous mourons de faim, as-tu de quoi nous donner à souper?...