—Cependant, Monistrol...
—Oui, tu voulais l’interroger... Quel bénéfice en as-tu retiré?
—Cela m’a servi, ma chère amie...
—A rien. C’est rue Vivienne, que tu devais courir, chez la femme... Tu la surprenais sous le coup de l’émotion qu’elle a nécessairement ressentie de l’arrestation de son mari, et si elle est complice, comme on doit le supposer, avec un peu d’adresse tu la confessais...
J’avais bondi sur ma chaise à ces mots.
—Quoi, madame, m’écriai-je, vous croyez Monistrol coupable!...
Après un moment d’hésitation, elle répondit:
—Oui.
Puis très-vivement:
—Mais je suis sûre, entendez-vous, absolument sûre, que l’idée du meurtre vient de la femme. Sur vingt crimes commis par les hommes, quinze ont été conçus, ruminés et inspirés par des femmes... demandez à Méchinet. La déposition de la concierge eût dû vous éclairer. Qu’est-ce que cette madame Monistrol? Une personne remarquablement belle, vous a-t-on dit, coquette, ambitieuse, rongée de convoitises et qui mène son mari par le bout du nez. Or quelle était sa position? Mesquine, étroite, précaire. Elle en souffrait, et la preuve c’est qu’elle a demandé à son oncle de lui prêter cent mille francs. Il les lui a refusés, faisant ainsi avorter ses espérances. Croyez-vous qu’elle ne lui en a pas voulu mortellement!... Allez, elle a dû se répéter bien souvent: «S’il mourait, cependant, ce vieil avare, nous serions riches, mon mari et moi!...» Et quand elle le voyait bien portant et solide comme un chêne, fatalement elle se disait: «Il vivra cent ans... quand il nous laissera son héritage, nous n’aurons plus de dents pour le croquer... et qui sait même s’il ne nous enterrera pas!...» De là à concevoir l’idée d’un crime, y a-t-il donc si loin?... Et la résolution une fois arrêtée dans son esprit, elle aura préparé son mari de longue main, elle l’aura familiarisé avec la pensée d’un assassinat, elle lui aura mis, comme on dit, le couteau à la main... Et lui, un jour, menacé de la faillite, affolé par les lamentations de sa femme, il a fait le coup...