Ce poison, vous le savez, est le plus puissant des narcotiques; ne vous l'ai-je pas expliqué? Grâce à lui, je puis, pendant plus de vingt-quatre heures, arrêter sans danger mon existence. Ce soir donc on constatera ma mort...
—En quoi cela vous servira-t-il pour recouvrer votre liberté? Mon ami, votre douleur vous égare.
—Demain, deux guichetiers porteront mon cadavre au cimetière, sans plus de façons.
Le corps d'un prisonnier depuis longtemps oublié ne s'enterre pas à une grande profondeur; on creuse tant bien que mal un trou, on y jette le corps, et par-dessus on laisse tomber quelques pellettes de terre.
Puis, les geôliers s'en vont boire un coup au cabaret et tout est dit.
—Vous êtes sûr que c'est ainsi que cela se pratique?
—Notre guichetier me l'a dit cent fois. Maintenant, si là, au cimetière, se trouvait à propos un homme, un ami, possesseur de ce breuvage dont quelques gouttes ont rendu la vie au porte-clefs, que vous croyiez mort, qu'arriverait-il?
—Ah! s'écria Sainte-Croix, je tremble de vous comprendre.
—Cet ami déblaierait bien vite la fosse, déchirerait le sac renfermant mon cadavre, et, faisant glisser dans ma gorge quelques gouttes de la liqueur bénie, me rendrait à l'existence.
—Mais c'est un moyen terrible, effroyable.