—Non, il ne viendra pas. Ou s'il vient, ce sera pour s'assurer de ma mort. Qui sait! il piétinera peut-être sur la terre fraîchement remuée, dans la crainte de me voir tôt ou tard sortir de la tombe comme un remords.

Oui, continua-t-il, se parlant tout haut à lui-même, tant était forte son émotion, oui, il doit me trahir; il me trahira.

La logique sans cela ne serait pas la logique. Il me doit tout, donc il me hait.

J'ai mis des armes entre ses mains, donc il les doit tourner contre moi.

Enivré du peu que je lui ai donné de ma science, il se croit fort, tout-puissant, maître du monde.

En moi, il a toujours vu plutôt un maître qu'un ami: son orgueil en est blessé.

Il croit pouvoir se passer de moi, il cherchera à me supprimer. Libre, que serais-je pour cet homme? Un complice.

On se débarrasse toujours de ses complices, lorsqu'on le peut sans danger; c'est élémentaire.

Mon ancien ami est donc aujourd'hui mon plus mortel ennemi.

Que peut être l'amitié pour un homme qui a lâchement abandonné son fils? A sa place, d'ailleurs j'agirais comme il agira; il est mon élève, c'est tout dire.