—Que faudrait-il faire pour cela?
—Peut-être risquer votre place, votre liberté. C'est trop vous demander.
Le guichetier se redressa comme indigné qu'on pût douter de sa reconnaissance et de son dévouement.
—Je vous dois la vie de ma femme, monsieur, et la mienne. Ma vie est à vous, disposez-en.
—Eh bien! reprit lentement Exili, il faudrait, aujourd'hui même, faire parvenir ce paquet à l'adresse indiquée et me faire savoir, avant ce soir, si on a trouvé le gentilhomme auquel il est adressé.
Il y va du bonheur, de l'avenir, de la vie même de l'être que j'aime le plus au monde. Pouvez-vous faire cela?
Le geôlier se gratta le front, suivant son habitude, quand il poursuivait une idée:
—C'est terriblement difficile, prononça-t-il; vous savez que nous autres nous sommes prisonniers aussi, que nous ne sortons jamais de la Bastille.
Mais... attendez, oui, c'est égal; je vais envoyer un soldat prévenir ma femme que je veux lui parler; je la verrai au greffe, je lui glisserai votre paquet, et avant une heure elle viendra me rendre la réponse que vous désirez.
—Merci, mon ami, dit l'Italien visiblement attendri de cet humble dévouement, merci. Vous aurez adouci les dernières heures d'un mourant.